Le shibari au sol permet d’explorer les cordes en conservant le soutien du sol, sans suspension. Il offre une grande diversité de postures, de contraintes et de rythmes, du premier apprentissage aux séances les plus élaborées.

Avec les années, j’aime de plus en plus ce travail. J’y trouve du temps pour écouter, accompagner un mouvement et rester disponible au ressenti de la personne que j’attache. Une séance peut être discrète visuellement et pourtant très riche à vivre.

Pour moi, le sol est une aventure à part entière. On peut y revenir toute sa vie, avec une curiosité toujours renouvelée.

Une même pratique, de nombreuses possibilités

Je considère le shibari au sol et la suspension comme deux possibilités d’une même pratique. Les cordes, la relation et l’attention au corps en constituent le socle commun.

La suspension ajoute toutefois des exigences propres à la mise en charge : gestion des tensions, matériel, ancrages et risques de chute. Les conséquences d’une erreur peuvent devenir beaucoup plus importantes. Elle demande un apprentissage spécifique.

Le sol possède, lui aussi, toute sa complexité. On peut y découvrir ses premiers liens, puis approfondir pendant des années les postures, les transitions et la manière de construire une séance. L’expérience ne se mesure pas à la distance qui sépare le corps du sol.

Si vous découvrez cet univers, mon article sur ce qu’est le shibari présente les premiers repères pour comprendre la pratique.

Prendre le temps d’écouter

Ce que j’apprécie particulièrement au sol, c’est la possibilité de ralentir l’encordage et de jouer avec les pauses.

Une pause laisse une place à la réponse de l’autre. Elle permet d’échanger, de percevoir une envie de mouvement ou de constater qu’un ajustement devient nécessaire. Le rythme de la séance se construit ainsi à deux.

Quand je parle d’être à l’écoute de l’énergie de la personne, je parle de mon attention à sa présence, à son rythme et à ce qu’elle exprime. Une observation reste une invitation à vérifier par le dialogue : elle ne permet pas de deviner avec certitude ce que l’autre ressent.

Prendre son temps ne signifie donc pas conserver une posture le plus longtemps possible. C’est se laisser la possibilité de ralentir, de modifier ou de défaire en fonction de l’expérience vécue.

Une séance peut être discrète visuellement et pourtant très riche à vivre.— Seb Kinbaku

La présence du corps dans l’encordage

Au sol, mon propre corps participe davantage à la relation. La proximité, les appuis et la manière d’accompagner la personne prennent une place importante dans ma pratique.

Cette présence peut donner à la séance une dimension très sensorielle. Le rythme des gestes, un changement de contact ou un temps d’immobilité contribuent à l’expérience, selon les intentions et les limites convenues ensemble.

C’est l’une des raisons pour lesquelles je trouve le travail au sol aussi enrichissant. Une construction visuellement simple peut demander beaucoup de disponibilité et susciter des émotions fortes. La qualité de l’attention devient alors aussi importante que la forme de l’encordage.

Une complexité qui se découvre dans les transitions

Imaginez une personne à genoux, au début d’une séance. Le mouvement suivant peut l’amener à s’installer sur le côté.

Cette transition paraît simple. Pourtant, elle demande déjà de l’attention : de quel côté la personne souhaite-t-elle aller ? Quel mouvement lui semble accessible ? Faut-il lui laisser davantage de temps ou revoir ce qui était prévu ?

Dans ma pratique, je cherche à accompagner ce mouvement avec curiosité. J’observe, je questionne et j’ajuste. La transition se construit avec la personne, en tenant compte de ses possibilités du moment.

C’est là que le travail au sol peut devenir très exigeant : dans la capacité à rester attentif aux petits changements et à faire évoluer son intention.

Modèle à genoux, vue de dos, avec un encordage du buste en cordes rouges.
Posture à genoux en début de séance, avec des cordes en jute rouge. Une transition vers le côté se prépare en restant attentif aux mouvements et au confort de la personne attachée. Photographie : Seb Kinbaku.

La couleur participe également à la composition de l’image. Pour explorer cette dimension visuelle, retrouvez les cordes de shibari SK colorées dans la boutique.

Des contraintes adaptées à différents niveaux

Le sol offre de nombreuses possibilités de composition. Une séance peut rester très simple ou associer plusieurs contraintes, avec des niveaux de difficulté très différents.

Les deux photographies aux cordes claires présentées dans cet article montrent un travail intermédiaire associant des futomomo de jambes et un harnais de buste avec les bras sur les côtés. Elles illustrent une possibilité parmi d’autres, choisie pour cette personne et cette séance.

J’avais utilisé ici des cordes en bambou, dont j’apprécie le toucher doux. Leur comportement diffère de celui du jute ou du chanvre : le choix d’une matière demande de connaître ses particularités et d’adapter son utilisation. Ces photographies témoignent d’une exploration personnelle, pas d’un montage à reproduire à partir d’une image.

Vue d’ensemble de futomomo de jambes et d’un harnais de buste en cordes claires.
Futomomo de jambes et harnais de buste dans un encordage au sol de niveau intermédiaire. Une composition réalisée par Seb Kinbaku avec des cordes en bambou.

Un espace pour la création photographique

Le travail au sol occupe aussi une place importante dans ma photographie.

Selon la posture et le confort du modèle, il peut laisser davantage de disponibilité pour travailler un cadrage, observer la lumière ou chercher un autre point de vue. La texture des cordes, les lignes du corps et les ombres deviennent les éléments d’une composition.

Le temps de la photographie reste néanmoins guidé par la personne attachée. Une image ne justifie jamais de prolonger une posture qui ne lui convient plus.

Vous pouvez découvrir d’autres compositions dans mon portfolio de shibari.

Apprendre à rester disponible

Un cadre attentif, même au sol

Le travail au sol reste une pratique à risques. La douceur d’une corde ou le soutien du sol ne garantissent pas le confort ni la sécurité d’un encordage. Le consentement continu, la communication, la surveillance et la possibilité de libérer rapidement la personne restent essentiels.

Ce que je souhaite transmettre, c’est cette disponibilité : connaître ses gestes tout en restant capable de les modifier, prendre le temps sans imposer la durée et laisser une place à l’imprévu.

Pour une première découverte, je propose une initiation au shibari à Paris. Les personnes qui pratiquent déjà peuvent approfondir le travail au sol, les transitions et la qualité de présence lors de mes cours privés de shibari.

Le sol continue de m’apprendre à regarder, à écouter et à accompagner. C’est ce qui me donne envie d’y revenir.